Douze manières de passer le pont (aphorismes et proverbes de M. Blot, poète creusois)

M. Blot est un formidable conteur dont la richesse des propos m’a été rapportée par Alain Freytet, paysagiste de renom qui oeuvre notamment sur les espaces naturels pour les remettre en lumière et en valeur. Avant peut-être un jour prochain de faire davantage partager les écrits de ce Creusois méconnu, voici les titres de quelques-unes de ses fables, accompagnés du proverbe final.

 L’autre rive est un rêve… « Si la rive, en face, est la même à tes yeux, reste terré chez toi : tu es déjà mort ! »

Vers l’amont ? Vers l’aval ? « Il est sage, au milieu du pont de vie, de soigner par l’aval les blessures de l’amont. »

Le pont du diable. « Toute entreprise humaine un peu trop hasardeuse fait appel au diable. Retourner contre lui sa propre ruse permet pourtant d’en triompher. »

Complainte des ponts de nulle part. « Rencontre sur pont de nulle part, de fol amour, triste avatar ! »

L’esprit fort. « Chacun d’entre nous est l’illétré de son destin et ne voit du monde que la nuit de son ignorance. »

Trois pas de plus… « La passion, parfois, nous brûle jusqu’à nous perdre. N’aimons ses liens que s’ils nous libèrent. »

La fille qui vient par le vieux pont. « Par tous les ponts, même les vieux, fille de feu peut s’en venir : ayant fait bûcher d’amoureux, tous les ponts la voient repartir. »

Le pont de Noël. « Le pont est à tout le monde, et pourtant chacun a le sien ».

Fable du prix à payer. « Que de plaintes l’on fait, de nos vies ordinaires ! Le bonheur, certes peut s’imaginer, hanter nos songes. Mais, si l’on prétend le mériter sans mensonge, il faut franchir le pont des lendemains à faire. »

Querelle de la rivière et du pont. « Le pont ni la rivière, jamais ne se chosirent. Il sont époux et femme, pourtant, fidèles à leur contrant. »

La ballade des ponts creusois. « Si pont creusois n’est pas de Loire, ce n’est jamais un pont de foire : mille sabots s’y sont cassés, bien des aubes vont y passer. »

 

Proverbes encore verts et aphorismes futiles.

Passée l’arche du pont, la rivière découvre un autre ciel, d’autres rives. Alors, tout à coup, elle croit en son aval.

Tant va l’eau sous son arche, que le pont ne fait plus que rêves de rivière.

L’apothéose du pont, c’est quand s’y colle son image à la renverse.

Bête, mais bête à construire un pont afin qu’une rivière vienne passer dessous !

Le pont laboure le temps vers l’amont et le recoud vers l’aval… Il a tout faux !

Routes et chemins ont peur du pont : de son tablier ne monte pas l’écho de l’âpre géologie des terres et des roches.

L’espérance de vie d’un pont tient aux humeurs de sa rivière.

Quand on construit un pont, l’ingénieur c’est le diable.

Comme les ponts, elle portait ses avant-becs à la poupe, et ceux de derrière à l’avant. Cela lui conférait une silhouette fortement dessinée, quelque peu surranée, il faut en convenir. Les hommes la remarquaient sans délais pourtant et leur regard s’allumait de désirs indécis. Ils ne la quittaient plus. Ce charme toujours la stupéfiait.

Honte du pont lorsque l’eau lui passe dessus !

 

 


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