Le livre sur le reboisement du Mont Ventoux est paru !

L’épopée du reboisement entrepris à partir de la moitié du XIXe siècle sur le Géant de Provence méritait d’être mis en valeur. Toutes ces générations de forestiers opiniâtres pour accomplir le rêve de restaurer une montagne pelé, ravagée par l’érosion… Il fallait y croire ! Et les moyens dont disposaient nos aïeux nous semblent tellement dérisoires aujourd’hui ! Armés de pioches, marchant derrières les boeufs et les mules, par tous les temps, gagnant courbe de niveau après courbe de niveau, ils ont travaillé si dur en laissant le soin aux générations futures de constater le résultat espéré ! De nos jours, nous pouvons rencontrer ici ou là quelques reliques de la forêt ancienne, notamment côté nord : quelques vieux hêtres décharnés qui résistent encore pour témoigner, au milieu des essences rapportées par l’homme.

Il faut rendre hommage à cette chaîne humaine qui nous permet aujourd’hui d’aller admirer les couleurs d’automne : élus des communes riveraines qui ont osé ce comportement visionnaire, agents forestiers de tous grades (conservateurs et hommes de terrain), scientifiques.

Le roman met en scène des personnages pour lesquels j’ai puisé chez des personnes existantes les caractères, les comportements, en extrapolant évidemment. Que ce soient des amis, des collègues (notamment des forestiers) ou des membres de ma famille, ils ne m’en porteront pas rigueur, j’en suis certain. Ils auront d’ailleurs eu le loisir de relire le manuscrit avant publication.
Ce roman se veut une ode à la nature, à cette montagne que j’ai connue grâce à mon épouse Isabelle, à la forêt qui m’a toujours fasciné, et aux hommes qui l’ont façonnée.

Le roman est dédié à Emmanuel Lopez, ancien directeur du Conservatoire du littoral (de 2004 à 2009), et à Bernard Boisaubert, ancien Délégué de l’Office national de la chasse et de la faune sauvage, tous deux décédés à un an d’intervalle du même mal.

Voici la préface du livre, intitulée « Fil safran » :

Le Mont Ventoux est un poste avancé des Alpes méridionales, une sentinelle égarée en pays provençal. Il offre un mirage permanent tant la blancheur des calcaires sommitaux trompe aisément l’étranger en laissant croire à une neige éternelle. Le mucron (petite pointe au sommet d’une feuille) qui caractérise son faîte semble faire corps avec la montagne. Cet artifice imposant tout autant qu’inélégant permet de distinguer le Ventoux à des centaines de kilomètres à la ronde, que ce soit à partir du Mont Pelat, du plateau de Valensole ou de la Sainte Victoire. 

Terre de contrastes entre les versants nord et sud, terre de souffrance pour les générations précédentes, laboratoire expérimental pour les pionniers du reboisement, aujourd’hui lieu de découvertes et de plaisirs, le Géant de Provence séduit aussitôt pour qui pénètre en son sein, par les combes discrètes ou les sentiers rocailleux. Trop souvent franchi en deux séances motorisées et bruyantes, avec un simple arrêt pour la photographie au sommet, histoire d’accrocher un nouveau col au tableau de chasse des touristes pressés, son apparente homogénéité de milieux cache une extraordinaire diversité biologique et paysagère. Des publications et des ouvrages scientifiques ont ainsi été écrits depuis plus de cent cinquante ans par des spécialistes. Ce roman est né de la prise de conscience, au moment de ma découverte du massif voici une dizaine d’années, du formidable travail entrepris par les forestiers à partir de la seconde moitié du dix-neuvième siècle pour recréer un manteau boisé sur une montagne dénudée par des décennies de surexploitation. Une vision à long terme, la mobilisation de moyens humains et financiers conséquents, des efforts de conviction et de médiation avec des populations parfois réticentes, rien de bien différent par rapport aux missions menées de nos jours par certains établissements publics, à l’exemple du Conservatoire du littoral… L’Office national des forêts (ONF) assume l’héritage des anciens agents-voyers et autres gardes des différents cantonnements. Il poursuit les démarches de renforcement des forêts de pentes, renouvelle les plantations et assure le suivi des populations ligneuses. Ce contexte a nourri mon imagination, alors que je suis amené professionnellement à collaborer dans différentes régions métropolitaines avec l’ONF. J’ai acquis au contact des forestiers une culture de base de la sylviculture. J’ai surtout saisi tout la passion qui habite ces hommes et ces femmes qui vivent leur métier comme un véritable engagement au service de l’intérêt général. Ils forment les maillons d’une chaîne forgée par les générations passées et celles encore à l’ouvrage sur les différents points du territoire. Le  roman nous plonge au moment de la « conquête » du sommet du Ventoux par les scientifiques et les tenants de l’ouverture au tourisme. Finis les temps où l’accès à la crête était réservée aux seuls courageux, artistes, écrivains ou militaires ? Nous voici à l’aube d’une ère moderne annoncée par l’achèvement programmé de la route. J’avance que l’adjonction post-natale de ce cordon ombilical est mal vécue par l’agent forestier en charge du versant sud. Successeur de son père, il s’identifie totalement à sa montagne, se l’approprie, fait corps avec elle. Il connaît chaque combe, chaque îlot, l’entend respirer. Il écoute ses arbres pousser et les possède. Le jour où débutent les premiers travaux de délimitation de la future piste sonne pour lui comme l’annonce de l’entrée dans un autre monde, la fin des temps heureux. Révolté par le projet, il espère que l’échelon hiérarchique supérieur, le Conservateur des Eaux et Forêts, va le soutenir et corriger cette erreur manifeste. Mais l’Administration est en ordre de marche et il lui faut s’incliner devant des choix politiques. L’épouse du forestier relativise la décision et le dérangement occasionné. Le domaine naturel, particulièrement vaste, demeure l’apanage de l’agent. A vrai dire, peu de monde ose s’engager dans une contrée inhospitalière, qui peut s’avérer dangereuse et où les vallons succèdent aux mêmes vallons. Seuls les jas (bergeires) viennent personnaliser et ponctuer ce territoire de liberté absolue pour ceux qui le parcourent et en vivent. 

Le forestier demeure le garant de l’organisation administrative sur son territoire. Bien que rebelle, l’agent, connu dans toute la région sous le nom de « Gaby du Ventoux », tant il est identifié comme un symbiote (être vivant qui participe à une symbiose, collaboration mutuelle, interdépendance nutritionnelle) avec sa forêt, tient parfaitement à jour les registres où figurent les noms des titulaires d’autorisations temporaires, aussi variées que surprenantes. L’analyse de quelques dossiers aux Archives départementales à Avignon s’est avérée précieuse pour rédiger le chapitre dans lequel Gaby est sommé d’expliquer à un intendant venu de la ville la teneur des conventions délivrées à des ayants droit. 

A l’image des deux précédents romans, plusieurs personnages ont été empruntés à mon entourage. Qu’ils soient ici remerciés de leur « contribution » involontaire. Hors Gaby et sa femme Michelle que les initiés reconnaîtront aisément, le Conservateur Bazoin, l’intendant Conord, les agents Niel et Burgevin, dont les noms n’auront même pas été camouflés, le pré-retraité Desplaz et le général Bégé sont tous des salariés du Conservatoire du littoral ! J’ai pris la peine de les prévenir et les ai mis en garde contre toute identification parfaite. En effet, je déforme les caractères, accentue ou infléchis des comportements réels. En réalité, je me cache derrière chacun des personnages. Une mention particulière pour Desplaz, récemment reconverti en politique, que je considère comme un exemple de « force tranquille ». Il était alors facile de le grimer en gourou ou en adepte des philosophies ou religions orientales. Quant au général Bégé, son investissement depuis tant d’années au sein du Conservatoire du littoral en faisait une cible naturelle pour incarner l’autorité supérieure devant trancher un débat susceptible de remettre en cause des pratiques sylvicoles séculaires. L’ami Bosobert fait une nouvelle apparition, plus discrète qu’en 2008, mais aussi plus sournoise quand il s’agit de tenter de saouler l’ingénieur venu conduire une inspection qui s’avère moins sereine que prévu. Rappelons que ce personnage est directement inspiré de Bernard Boisaubert, ancien cadre de l’Office national de la chasse et de la faune sauvage, décédé en septembre 2010 du même mal qu’Emmanuel Lopez, ancien Directeur du Conservatoire du littoral, parti en septembre 2009 et à qui est également dédié ce livre. L’immense savant Jean-Henri Fabre, dont la profondeur de la connaissance n’a d’égal que sa modestie, s’invite dans le livre en faisant preuve d’une certaine distance. Les propos qui lui sont prêtés, qui n’engagent que moi, sont simplement inspirés par la visite de son Harmas à Sérignan-du-Comtat.  Les citations qui parsèment les têtes de chapitre, voire incluses dans des dialogues, sont issues de mes lectures récentes. Cette nouveauté par rapport aux écrits précédents, ne vise pas à donner des leçons de morale aux lecteurs. Tout simplement, elles sont en rapport avec les thèmes abordés et symbolisent ou prolongent les réflexions. L’engagement des forestiers, plus généralement des personnes en charge d’une mission de préservation à long terme de la nature, relève sans aucun doute d’une démarche humaniste. Bien que souvent qualifiés de « sauvages », « ours des cavernes », bourrus ou taciturnes, les environnementalistes vivent leur métier comme un appel à servir, pas encore dans les ordres religieux, mais toujours au bénéfice du plus grand nombre. Imaginons un instant, en parcourant des ouvrages historiques, les paysages du Ventoux presque totalement râpés, ravagés par l’érosion. Que de courage a-t-il fallu à des hommes dépourvus de moyens lourds pour reconstituer les forêts que nous avons le plaisir de parcourir aujourd’hui ! La démarche que suivent la plupart des agents du Ministère chargé de la protection de la nature peut être qualifiée de spirituelle, tant les valeurs en constituent le carburant. Très à la mode mais en fait mal connus des journalistes et du grand public, ces métiers sont fréquemment caricaturés eu égard à l’apparence vestimentaire ou physique des personnes, ou raison de discours trop techniques et facteurs d’exclusion. En réalité, la mise en œuvre d’actions de préservation durable, selon la terminologie retenue de nos jours, requiert en premier lieu des facultés d’écoute, de médiation et de persuasion, alliées à des connaissances spécialisées approfondies en géographie, en droit ou en gestion administrative et comptable. L’humilité et la bienveillance envers les partenaires, extrêmement variés au demeurant, la clarté des discours et un socle de convictions constituent un fondement qui doit guider les pas de l’ensemble des équipes pour atteindre les résultats espérés. Toute autre voie conduit à l’échec. 

Fin de la préface.

Le titre « Ils grandiront dans la lumière » a été choisi pour deux raisons. La première indique tout simplement que les arbres ont besoin de lumière pour se développer. La seconde est liée aux deux hommes à qui est dédié le livre, Emmanuel Lopez et Bernard Boisaubert. Ces deux personnalités exceptionnelles ne peuvent pas s’éteindre. Leur âme rayonne et grandit dans la lumière de l’au-delà, tel un flot de conscience qui se transmet de la flamme d’une bougie à une autre.

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Le choix des personnages du Trait d’union

Le nombre de personnages est relativement limité dans les romans. L’histoire se déroule autour de trois personnages principaux dont certains se retrouvent à plusieurs époques : le noir-américain débarqué avec le contingent US pour prêter main-forte aux Alliés embourbés en Meuse, le capitaine Bosobert arraché à son Vaucluse natal et, en fin de livre, le major-médecin allemand. Les enfants de l’auteur ne sont pas oubliés car ce sont finalement bien eux qui sont cités au premier et dernier chapitre sous les traits de Tiny et Judy. Ils figurent d’ailleurs en bonne place sur la couverture ! De beaux souvenirs en perspective dans quelques années. Mais peut-être est-ce simplement l’orgueil de l’auteur qui s’exprime…

Reginald vient conquérir une reconnaissance auprès de ses compatriotes mais il n’échappe pas au racisme ambiant. J’ai commencé à écrire le roman en févrie 2007, date à laquelle Barack Obama commençait à se faire un nom en politique. J’ai pensé que ce serait un beau signe s’il parvenait à être élu à la Maison Blanche. Certains experts remarqueront que Reginald aura eu beaucoup de « chance » : un engagement tardif lors du Second conflit mondial, une intégration à la première vague lors du Débarquement en Normandie à Omaha Beach, la survie à une captivité après une blessure, le bénéfice d’une transfusion sanguine par le médecin allemand sans infection ultérieure, une longue vie… Que voulez-vous, il n’est pas inutile que certaines histoires se terminent bien ! Cela remet du baume au coeur !

Le capitaine Bosobert est tout simplement un ami de vingt ans, au nom à peine écorché, qui a fait toute sa carrière, essentiellement dans le Nord-Est de la France (autour du lac de Madine où se déroule le premier chapitre par exemple), à l’Office national de la chasse et de la faune sauvage. Sa connaissance des armes et sa pratique de la chasse m’ont conduit tout naturellement à le grimer en officier responsable de la formation au tir. Bernard a bénéficié d’une retraite bien méritée au début de l’année 2008 mais la maladie l’a malheureusement rapidement rattrapé. Il s’est éteint le 4 septembre 2010 après avoir lutté courageusement. Que ceux qui le connaissent aient une pensée pour lui et sa famille. Son goût pour la nature, le soleil (il a été en poste en Provence), sa connaissance du Ventoux et son amour des choses bien faites, m’ont amené, dans le roman, à lui faire intégrer la Société du Canal de Provence. Il terminera sa vie sur les pentes du Géant de Provence par un belle soirée d’automne, ses yeux clairs fixant les étoiles.

Dans le chapitre « L’impasse », le prisonnier français est inspiré par mon propre père qui a été enrôlé dans le Service du travail obligatoire (STO) en 1943. Le trajet suivi par le train suit scrupuleusement celui répertorié par mon père sur un petit dictionnaire de langue allemande donné des années plus tard par ma mère. Dommage que la disparition de Roger Deslandes dès 1978 n’ait pas permis d’engranger davantage de détails sur l’épisode de la captivité.

La fin du roman se déroule dans la région natale de l’auteur (environs d’Argentan et village de Chambois). La Bataille de Normandie s’est achevée en aout 1944 aux alentours de cette bourgade où bon nombre de réfugiés caennais avaient cru trouver refuge… Plusieurs d’entre eux avaient « pris pension » dans la ferme de M. et Mme Esnay, sur la route de Vimoutiers. Il était donc logique que la fin du livre se déroule en ces lieux.

Le major médecin allemand est sorti de mon imagination mais j’ai pu lire ensuite qu’une telle personne avait bien existé, à quelque chose près, au coeur de la tourmente, à Tournai-sur-Dives. Je ne savais pas, au moment d’écrire les dernières lignes, si j’écrirais une suite au roman, au cours de laquelle j’aurais pu retrouver ce major. Nul ne sait en effet s’il est bien mort ou si, par miracle, il a survécu. Je penche pour l’instant en faveur de sa disparition mais rien n’est jamais figé.

 


La couverture du Trait d’union

L’équipe d’Edilivre (collection Coup de coeur) a réalisé gracieusement un remarquable travail de conception pour proposer une couverture symbolisant l’esprit du livre et le message transmis par l’auteur.

La photographie de couverture fait apparaître les deux enfants de l’auteur dans un cimetière canadien, celui de Reviers, près de Courseulles en Normandie. Le cimetière aurait dû être celui de Colleville-sur-Mer à Omaha Beach mais Titouan arborait une magnifique tétine à la bouche, du meilleur effet… Ayant déjà à l’époque migré vers les Alpes et mon temps étant compté, je me suis « rabattu » sur un cimetière canadien ! L’idée n’était pas si mauvaise car le nom du noir-américain, Reginald, l’un des « héros » du roman, est issu de la liste des soldats canadiens fusillés à l’Abbaye d’Ardenne près de Caen par une troupe nazie sans pitié. J’ai souhaité rendre hommage à ces pauvres jeunes gens en empruntant le prénom de l’un deux.

Les deux enfants, Titouan et Julie (que l’on peut retrouver sous les prénom américanisés de Tiny et Judy dans le roman), forment un trait d’union entre les générations, les morts et les vivants, ceux qui ont sacrifié leur vie pour la liberté des générations suivantes.  Le trait d’union concerne aussi les peuples (américain, français, allemand).

Les images figurant sur la partie haute de la couverture ont été proposées par Edilivre pour illustrer le thème du roman et opérer un contraste avec la paix et la sérénité exprimée par les deux enfants.

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